William Castañeda Esteban
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Fondation Jan Michalski: Une forêt pour écrire !!

Fondation Jan Michalski: Une forêt pour écrire !!

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  Montricher  

Je me souviens de la première fois où j’ai parcouru le sentier de gravier qui serpente entre chênes et hêtres, au pied du Jura suisse. L’air sentait la terre humide et le vieux bois; soudain, presque sans s’annoncer, la Maison de l’Écriture est apparue. Pas de stridence, pas d’imposition. L’architecture, au lieu de crier, murmurait. J’ai su aussitôt que j’étais arrivée dans un lieu où le silence se construit et où les mots trouvent leur refuge.

« C'est une forêt artificielle située à côté d'une forêt naturelle »
William Castañeda Esteban
Architecte

La Fondation Jan Michalski est bien plus qu’un simple centre culturel: c’est un sanctuaire laïc dédié à la littérature, imaginé par Vera Michalski-Hoffmann, épouse du sociologue et philosophe polonais Jan Michalski, et au nom de la Fondation Jan Michalski (Cela semble redondant… mais c’est ainsi), en l’honneur de son mari; qui, par amour pour l’art de la littérature, a créé un espace dédié aux écrivains à Montricher (SUISSE), dans la chaîne montagneuse du Jura vaudois

Table des matières

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Coordonnées

Architecte: VINCENT MANGEAT
Emplacement:
Montricher (SUISSE)
Style:
High-Tech
Date:
2014
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William Castañeda Esteban à la Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE) "Photo de wicaes"
Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE) William Castañeda Esteban

Son architecte, le Suisse Vincent Mangeat, a conçu un ensemble qui se fond dans le paysage. Le bâtiment est une forêt de béton brut (on pourrait le qualifier de néo-brutalisme). Les troncs de ces arbres artificiels sont des pilotis de section circulaire mesurant entre 9 et 18 mètres de haut.
Sur ces troncs repose un feuillage constitué d’une dalle en béton ajourée. Cette couverture en filigrane, d’une épaisseur de 40 cm, laisse passer des rayons de soleil… une allégorie des rayons de lumière qui filtrent à travers le feuillage des arbres.

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Composition Volumétrique

Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE) "Photo de wicaes"
Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE)

Sa volumétrie s’adapte au terrain, dont le dénivelé n’est pas très prononcé mais qui offre des possibilités spatiales que Vincent Mangeat a su mettre en valeur, en créant des parcours entre les volumes à différents niveaux. Il s’agit de deux volumes principaux séparés par une petite place, mais reliés dans leur partie supérieure par une toiture en bas-relief qui fonctionne comme une canopée, permettant ainsi d’y suspendre de petites cabanes pour les écrivains.

L’auditorium: la grotte du verbe

C’est un volume de section rectangulaire. S’agissant d’un volume fermé, il donne une impression de lourdeur; au rez-de-chaussée, une boîte de verre de section triangulaire a été rattachée à ce volume, avec une toiture soutenue par des tendeurs (concept High-Tech). Cette verrière sert à l’accès au bâtiment et à l’éclairage naturel du hall d’entrée.
Une partie du volume dépasse de la canopée, mais elle n’est pas facilement visible car elle est destinée à abriter des équipements techniques. Sur les côtés les plus courts, les escaliers de secours sont discrètement fixés.

J’ai descendu une rampe en béton poli et l’air s’est rafraîchi. L’auditorium est excavé dans la colline, à demi enterré, telle une caverne raffinée. Les murs sont en béton martelé, mais l’intérieur est revêtu de lattes de bois qui dessinent des ondes acoustiques. La pénombre n’est rompue que par la lumière rasante qui s’infiltre par une fissure supérieure, créant l’atmosphère d’un théâtre anatomique intime.
Les fauteuils, en bois massif, sont disposés en gradins enveloppants. Aucune concession n’est faite à l’ornementation; la beauté naît de la précision géométrique et de l’écho contrôle. Pendant une lecture poétique, j’ai compris pourquoi cet espace suscite l’émotion: la voix humaine, sans amplification, rebondit chaleureusement et enveloppe l’auditeur comme une couverture. L’architecture se fait complice de l’acte le plus primitif de la littérature, l’oralité.

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La bibliothèque: une cathédrale de bois et de lumière

C’est un prisme rectangulaire allongé de cinq étages, qui offre une composition un peu plus riche, puisqu’il utilise des caissons en métal et en verre faisant office de fenêtres-belvédères qui dépassent de la façade, assurant à la fois l’éclairage et servant de cabines d’étude. De plus, les escaliers de secours font partie intégrante de la composition volumétrique du bâtiment: ils sont fixés à l’extérieur du volume et sont entièrement visibles, un concept très «High-Tech».

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Ce volume s’élève lui aussi au-dessus de la canopée, sa fonction principale étant d’assurer l’éclairage indirect de l’intérieur de la bibliothèque. L’accès au bâtiment est clairement signalé par une encoche pratiquée dans l’un des angles donnant sur la place; il se distingue par un changement de matériau: il s’agit d’une porte en bois et d’un jeu de composition de madriers de chêne sur deux hauteurs.

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J’ai franchi le seuil et le monde est devenu muet. La bibliothèque principale est une immense boîte en bois, un vide vertical surmonté d’une lucarne continue qui déverse une lumière zénithale sur des milliers de dos de livres.
La structure s’expose sans pudeur: poutres lamellées, tendeurs métalliques, une passerelle suspendue qui flotte à mi-hauteur comme un pont entre les rayonnages.
Aucune colonne ne vient obstruer la vue; le périmètre est constitué d’une succession ininterrompue d’étagères qui s’élèvent jusqu’au plafond, accessibles par un escalier presque caché. Au centre, de longues tables de lecture partagent le sol en chêne avec des tapis qui amortissent chaque pas.
Tout est pensé pour que le seul bruit qui se fasse soit celui du papier que l’on tourne. J’ai senti que l’architecture devenait un refuge propice à la concentration, un utérus de lettres où le temps se mesure en chapitres.

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Cabanes d’écriture: refuges en altitude

Mais s’il y a bien une chose qui fait de cette fondation un lieu unique, ce sont ses cabanes d’écriture. Elles présentent des surfaces, des tailles, des formes et des styles variés. Leurs conceptions utilisent également différents matériaux de construction et configurations spatiales; mais elles ont toutes un point commun: elles sont «surélevées par rapport au sol», ou plutôt suspendues à la canopée de béton.
Il y a deux façons d’interpréter ce concept de lévitation: la première consiste à laisser le naturel s’exprimer sans être perturbé par l’artificiel. La seconde, c’est comme si ces cabanes étaient les fruits des arbres de cette forêt de béton.
Six cabanes orientées vers le paysage idyllique du lac Léman et des Alpes sont destinées à l’hébergement temporaire des écrivains. D’autres sont tournées vers la forêt du Jura et servent d’espace de vie commune pour les écrivains; elles comprennent une cuisine, une salle à manger et un salon. Les cabanes portent le nom de leurs concepteurs: Décosterd, Bonnet, Fuhrimann-Hächler, Elemental, Mangeat-Wahlen, MK27, Rintala-Eggertsson, Schaub-Zwicky.

Je les ai parcourues une à une; chacune m’a murmuré une histoire différente, et j’ai découvert qu’elles partageaient toutes une règle invisible: offrir à l’écrivain en résidence un refuge austère où la seule distraction est le paysage.

Kengo Kuma: le murmure de la forêt japonaise

La cabane du maître Kengo Kuma est un poème de textures entrelacées. Sa façade, recouverte d’un délicat treillis de lattes de bois, tamise la lumière alpine comme le ferait le feuillage d’un véritable arbre. C’est un nid organique conçu pour que l’esprit se mimétise à la sérénité du Jura.

Mangeat-Wahlen: le manifeste monastique du verre et de l’acier

Mangeat et Wahlen ont conçu une structure en verre et en acier zingué. Cette cabane recèle en son sein un minimalisme ascétique et monacal: deux bureaux se faisant face — l’un ouvert sur le cœur battant de la fondation, l’autre sur l’immensité de la plaine suisse — qui ramènent l’écrivain à l’essence même du refuge primitif et de la réflexion.

Elemental: le monolithe de la résistance

La cabane du Chilien Alejandro Aravena se présente comme une sculpture à la force primitive. Sa structure en béton et son enveloppe en verre aux formes nettes évoquent un rocher suspendu. C’est un bastion de résistance face au temps qui passe, conçu pour donner naissance à une littérature dense, crue et éternelle.

Rintala-Eggertsson: éloge de l’ombre nordique

Cette cabane, l’une des plus grandes et dotée d’un volume en gradins, fruit de l’imagination des architectes nordiques Rintala-Eggertsson, joue subtilement sur les contrastes entre la pénombre de l’intérieur et la clarté extérieure. Le coin idéal pour écrire, inspiré par le mystère qui habite ces jeux d’ombres et de lumières.

Décosterd: la lumière et l’espace atmosphérique

Le cabinet suisse Décosterd conçoit une cabane qui joue avec l’invisible: le climat et les sens. À travers des transparences et des couches fonctionnelles, cet espace explore les gradients lumineux et thermiques. C’est un laboratoire poétique idéal pour les auteurs qui cherchent à traduire la densité de l’air dans leurs textes.

Fuhrimann-Hächler: L’équilibre de l’austérité élégante

Le concept de Fuhrimann-Hächler se distingue par sa géométrie rigoureuse et l’utilisation honnête du bois de pin. D’une sobriété profondément élégante, ses panneaux modulaires et ses volets pliants s’ouvrent sur un balcon panoramique. Un espace aux lignes épurées qui invite à dépouiller la prose de tout artifice.

MK27: le minimalisme tropical en suspension

La vision de Marcio Kogan apporte une touche de chaleur brésilienne au paysage suisse grâce à un volume horizontal parfait. Des lignes épurées, des bois aux textures raffinées et d’immenses vitrages permettent à l’intérieur de se fondre dans l’horizon. Une cabane qui respire un calme cinématographique et fluide.

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La place: lieu de conviviabilité

Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE) "Photo de wicaes"
Fondation Jan Michalski (Montricher - SUISSE) Place centrale

Servant de point de rencontre au croisement des chemins venant de différentes directions, elle constitue un lieu de rassemblement social et un élément fédérateur. La place est couverte par une canopée, mais il n’y a pas d’ouvertures juste au-dessus… Autrement dit, la composition en positif et négatif de la canopée à cet endroit s’interprète comme un bas-relief, offrant ainsi une protection contre la pluie, le soleil et la neige.

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Composition spatiale

C’est un bâtiment isolé vers lequel convergent plusieurs chemins, mais à l’intérieur – et je fais ici référence à l’ensemble des bâtiments qui composent «La Maison de l’Écriture» –, de nouveaux parcours et séjours sont créés; ceux-ci peuvent être classés en trois catégories: les espaces publics, les espaces semi-publics et les espaces privés:

Espaces publics

Dans cette catégorie, il existe deux types d’espaces: les espaces de parcours et les espaces de séjour.

  • Espaces de parcours, on trouve l’accès piétonnier qui invite le public à se diriger vers la place centrale du complexe; il s’agit d’un chemin rectiligne qui descend en pente douce et est éclairé par les rayons du soleil qui traversent les ouvertures de la canopée en treillis. Il y a également des chemins secondaires, qui mènent de la place vers les cabanes.
  • Espace de séjour, on trouve la place centrale, qui est le point de rencontre social.

Espaces semi-publics

Ce sont des espaces ouverts au public, mais dont l’accès est limité par des horaires ou des événements. Dans cette catégorie, on trouve:

  • La bibliothèque comprend à la fois des espaces de parcours, tels que les couloirs bordés des grandes librairies, les points verticaux ou escaliers, qui abritent eux aussi des rayonnages remplis de livres, et enfin des espaces de séjour, tels que les salles de lecture, les salles de repos, les ateliers pour enfants et les cubicules d’étude.
  • Dans le bâtiment de l’auditorium, on trouve également des espaces de parcours tels que des couloirs et des escaliers qui nous dirigent de manière chaleureuse vers l’auditorium et vers la galerie.
  • Dans les espaces de séjour se trouve la cafétéria «Café La Canopée», qui est un lieu fermé favorisant l’accès, l’intégration et l’échange social, en plus de sa fonction principale qui est la restauration.
  • L’auditorium situé au sous-sol est destiné à certains événements, mais il n’est pas entièrement fermé, ce qui nous amène à un autre concept, celui de «perméabilité», et il est flanqué du foyer.
  • À l’étage supérieur se trouve la galerie, un espace qui peut être perçu à la fois comme un lieu de parcours et de séjour.

Espaces privés

Dans cette catégorie d’espaces, on trouve principalement des cabanes conçues pour héberger temporairement les écrivains, leur offrant un espace de solitude et de tranquillité très propice à l’inspiration et à la créativité.
Celles-ci se trouvent au sein du complexe de la maison de l’écriture, ce qui permet aux utilisateurs de s’intégrer socialement. Certaines sont individuelles, d’autres collectives. Parmi les espaces privés, on trouve également: les locaux administratifs, les dépôts de livres, les dépôts de matériel, les archives et les locaux techniques.

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Développement constructif

C’est un bâtiment qui part de lignes très basiques, mais auquel ont ensuite été ajoutés certains éléments qui exigent une technologie de pointe. Les principaux matériaux de construction sont le béton apparent, très utilisé dans la culture architecturale suisse, et le bois de chêne, autre élément typique de l’architecture suisse qui apporte en outre polyvalence et chaleur. Parmi les éléments secondaires, on trouve l’acier, qui confère à l’ensemble un aspect high-tech grâce à l’utilisation de profilés apparents, d’éléments d’ancrage et de tendeurs.
Particulièrement intéressant est l’usage qui a été fait du bois à l’intérieur de la bibliothèque, puisque tout l’intérieur est recouvert de chêne massif; mais les espaces ont également été aménagés de manière très intelligente et exploités au maximum, y compris dans les couloirs où des étagères ont été installées, qui sont reliées par des passerelles passant au-dessus de la cour intérieure.
En raison de l’utilisation abondante de bois et des objets stockés dans la bibliothèque, ce type de construction a nécessité des mesures spécifiques de protection contre les incendies; de plus, les systèmes de ventilation répondent aux normes requises pour la protection du chêne et des livres.
C’est un bâtiment durable, dont l’autonomie énergétique est assurée par des panneaux photovoltaïques installés sur le toit de manière très discrète, puisqu’ils sont pratiquement invisibles. L’isolation thermique est assurée par des panneaux de polystyrène extrudé de 30 cm d’épaisseur, fixés sur le pourtour extérieur du béton dans les zones où le bâtiment est enterré. Il dispose également d’une isolation intérieure et d’un triple vitrage. Le chauffage est assuré par une chaudière à copeaux de bois ou à pellets, appuyée par l’utilisation de panneaux solaires.

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Liens

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Conclusion

En laissant derrière moi la dernière cabane pour retourner à la Maison de l’Écriture, le soleil se couchait déjà et la bibliothèque se teintait d’ambre.
Je me suis promené entre les rayonnages, avec le sentiment que cette fondation n’était pas un simple dépôt de livres, mais un organisme qui respire la littérature.
L’architecture de ces esprits prodigieux, amplifiée à ces sept bijoux camouflés dans la forêt, démontre que l’espace peut être le plus fertile des silences.
Je suis sorti avec la certitude que, lorsque la création se met au service de la parole, il n’y a pas de mur qui ne puisse se transformer en page.

William Castañeda Esteban

William Castañeda Esteban

Architecte

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2 Commentaires
  • Olivier85 08:42 10/06/2026 Répondre

    C’est vrai que le bâtiment de la Fondation Jan Michalski a attiré l’attention du monde entier dans notre petite commune, mais les cabanes auraient dû faire l’objet d’un concours d’étudiants en architecture, ils auraient fait un meilleur travail.

    • Salut Olivier85,
      Oui, tu as raison. En fait, quand j’étais étudiant en architecture, la faculté organisait des concours d’idées, et je me souviens qu’il y avait des projets vraiment pratiques et excellents. Je pense que l’objectif de la fondation était d’attirer l’attention de la communauté internationale sur ce coin de Suisse.

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